Coin des artistes : L’œil de Ken, des âmes de rue aux aînés de Libourne

Jusqu’au 31 octobre, des photographies de Ken Wong-Youk-Hong sont exposées dans les rues de Libourne. L’œil de Ken, connu pour ses portraits d’hommes et femmes de la rue à Bordeaux, capture cette fois les visages des aînés libournais.

kenKen Wong-Youk-Hong est un portraitiste connu depuis quelques années grâce à sa page Facebook L’œil de Ken où il publie chaque jour le portrait de sans-abris de Bordeaux et sa métropole. Comme un hommage, les clichés en noir et blanc assortis d’une légende teintée de poésie, de vérité parfois crue, redonne une part de lumière sur ces individus qui vivent dans l’ombre des murs de la ville. Le photographe compare ces hommes et ses femmes à des Ulysse pris dans l’eau et les tempêtes dans leur parcours pour retrouver un foyer.

Ken part à la rencontre les sans-abris suite au décès de sa grand-mère. Pour effacer la douleur, il pense pouvoir faire son deuil auprès de gens qui souffrent. Sa toute première photo est prise par hasard quelques mois plus tard, comme le souvenir de l’un de ses amis de la rue, Titi, et sa chienne. C’est le déclic. Ken décide alors de sillonner la ville muni de son appareil afin de rendre une identité, un prénom et un visage à celles et ceux rendus invisibles par la société. Au bout de cinq ans, le photographe guyanais compte près de 50 000 portraits.

Ces dernières années, Ken a fait quelques expositions, dont une au Rocher de Palmer en mars 2015, jusqu’à son invitation au festival du journalisme vivant à Couthures-sur-Garonne cet été. Sa démarche a également fait l’objet d’un premier livre. Comme une ombre dans la ville est paru en 2015 aux éditions Passiflore.

Aujourd’hui, Ken met sa technique photographique, ses gros plans et sa lumière à l’épreuve. Il continue à se chercher artistiquement. Il photographie avec tout ce qui le compose, son histoire, ses inspirations, ses souvenirs d’enfance.

Si Ken nous fait humblement ouvrir les yeux sur une réalité dramatique que beaucoup préfèrent oublier, les 3000 personnes vivant à la rue à Bordeaux, les sans-logis de la France entière, ses photographies célèbrent leur vie. Les regards capturés ne sont pas éteints, ne reflète pas que tristesse et colère. Ken saisit avec une même pudeur des instantanés de joie, de complicité, d’amour. Sa page Facebook parle d’espoir, celle de sortir de la rue, celle pour certaines familles de retrouver enfants, frères, parents. Elle montre aussi qu’il est facile de sortir de chez soi et d’aller échanger avec d’autres, avec un sourire, de la sincérité en guise de respect. Il offre une passerelle entre deux mondes, permet également aux associations de faire passer des messages.

L’artiste, fier d’être un enfant de la mixité a été éduqué dans un esprit de partage. A Couthures-sur-Garonne, le photographe confiait vouloir travailler à des projets sur d’autres thèmes sociaux comme la violence domestique ou le handicap. A la recherche d’un projet à long terme à l’image de la photographe américaine Mary Ellen Mark, Ken cherche son sujet. D’ici là, il souhaite centrer son travail sur les migrants et la question de l’identité.

A Libourne, il présente une série de portraits des seniors de la ville dévoilée lors de la semaine bleue. Soixante d’entre eux ont posé sous l’œil bienveillant et sensible de Ken. Là encore, le photographe a su attraper des regards qui en disent long sur la vie et ses tumultes. Pour eux comme pour les sans-abris, une sincérité troublante émane de ces portraits que Ken dit appréhender comme des photos de famille. Bien sûr, cette nouvelle série réalisée dans des maisons de retraite ou encore au club de l’âge d’or interroge la place de nos aînés dans la ville, pose les questions du vieillissement des sociétés et de l’isolement de ces anciens.


Nos seniors dans l’œil de Ken
Dans les rues de Libourne jusqu’au 31 octobre.
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Fanny Houot