Sarah Sauquet : l’auteur et professeur 2.0 !

Nous vous avions parlé du premier roman de Sarah Sauquet dans notre rubrique Pauses Littéraires.

« La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con », un titre un brin humoristique, mais pour tous ceux qui s’intéresseraient à la littérature classique, vous devez sans doute reconnaître la plume … 

Sarah Sauquet est auteur certes, mais avant tout professeur de littérature. Une passion depuis toujours qu’elle a souhaité faire partager à travers son enseignement mais également à travers les différentes applications qu’elle a créées. Et depuis peu avec son premier roman. Dans cet ouvrage elle explique comment s’épanouir en amour grâce à la littérature. Un livre emprunt d’humour même si Sarah nous explique que les anecdotes littéraires citées peuvent être d’une réelle aide !

Elle répond aujourd’hui à nos questions sur son ouvrage, sa vie de professeur et ses envies futures :

Comment vous est venue l’idée d’écrire cet ouvrage ?
Professeur de lettres en lycée, j’ai depuis toujours une vision singulière de la littérature classique, que je vois comme un véritable miroir de notre société actuelle. Il y a environ deux ans, je suis tombée enceinte et ai dû effectuer une grossesse allongée. J’étais dans mon canapé, avec beaucoup de temps libre devant moi ! Moi qui écrivais déjà pour des revues professionnelles de littérature, je me suis mise à réfléchir à un essai littéraire drôle et décalé au sein duquel on montrerait la modernité de la littérature classique. Le thème de l’amour s’est très vite imposé, à la fois parce que c’est un thème majeur de la littérature, mais aussi parce que j’avais le sentiment d’avoir beaucoup à dire sur le sujet !

Pourquoi ce titre ?
Il faut savoir que le titre de l’ouvrage était à l’origine un titre de chapitre ! Ce titre est un clin d’œil au roman Aurélien, de Louis Aragon, dont l’action se déroule à Paris juste après la première guerre mondiale. Le roman raconte une histoire d’amour manquée entre deux personnages, Aurélien et Bérénice, que tout oppose et il est resté très célèbre à la fois pour sa poésie, mais aussi pour sa première phrase, son incipit : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.». Le titre de mon ouvrage était un moyen à la fois de rendre hommage à ce roman que j’admire profondément, mais aussi d’annoncer la couleur, en montrant que l’on peut aborder les classiques sous un autre angle. Sous l’angle de l’humour, mais aussi du point de vue de Bérénice, c’est-à-dire d’un tout autre point de vue ! 

La littérature peut-elle réellement permettre selon vous de trouver et garder l’âme sœur ?
Comme je l’explique dans l’introduction de l’ouvrage, la littérature n’apporte pas de réponses définitives ! On peut être un très grand lecteur et souffrir atrocement en amour ! En revanche, je suis sincèrement persuadée que la littérature peut nous aider à affuter notre regard, à mieux comprendre les situations auxquelles nous faisons face, à ne pas répéter les mêmes erreurs. Il s’agit alors d’être un lecteur attentif, à la fois impliqué émotionnellement, capable de s’identifier aux personnages, tout en restant lucide et raisonnable. Ce dont une Emma Bovary est, par exemple, absolument incapable !

L’avez-vous trouvé de cette façon ? 🙂
Sous des aspects très théoriques, c’est un livre extrêmement personnel. Les analyses et conseils donnés sont tirés de mon vécu, de mon expérience à la fois de lectrice et de personne ayant été à la recherche de l’âme sœur. La littérature m’a effectivement beaucoup aidée, à la fois à faire preuve de discernement, à faire de meilleurs choix amoureux, mais aussi à me remettre plus facilement de certaines ruptures.

On sent beaucoup d’humour à travers cet ouvrage, rien que dans le titre, le lecteur doit-il comprendre qu’il faut prendre ce livre au second degré ? 
Oui et non. Malgré un ton léger, le livre comporte un réel esprit de sérieux. Il y a beaucoup d’extraits littéraires, beaucoup d’analyses, et un certain nombre d’informations sur la littérature. Je pense qu’on peut y apprendre beaucoup de choses. Néanmoins, les passages humoristiques sont nombreux. Ils sont là pour rappeler au lecteur la modernité de la littérature classique. Celle-ci n’est pas figée, elle est bien vivante, moderne et même intemporelle. Faire un lien entre Belle du Seigneur et  La femme parfaite est une connasse est, pour moi, un moyen comme un autre d’inciter à découvrir le roman d’Albert Cohen. Au risque de heurter ! 

La littérature a une place très importante dans votre vie, vous êtes en effet professeur de français. Est-ce que vous apprenez la littérature à vos élèves de la même manière que dans votre livre ? C’est-à-dire différemment, une sorte de littérature 2.0 ? 
Oui, tout à fait, et mes élèves qui ont lu le livre disent me reconnaître dans cet ouvrage. J’ai la chance de m’intéresser à énormément de choses, d’aimer aussi bien A la recherche du temps perdu que  Les Reines du shopping ou Plus Belle la Vie. Je ne m’en cache pas, et cette double culture, si j’ose dire, est pour moi un véritable atout. Elle me permet notamment de mieux communiquer avec mes élèves de lycée, et de leur rendre plus accessible certaines notions. 

Vous avez également créé plusieurs applications, à quoi servent-elles ? 
Bien avant d’écrire ce livre, j’ai créé avec ma mère, ingénieure, quatre applications de littérature, Un texte Un Jour,  Un Poème Un Jour, A text A day et  Un Texte Un Eros. Ce sont des anthologies de la littérature classique. Elles permettent de recevoir, chaque jour, un texte de la littérature classique sur son smartphone ou sa tablette. Ces textes sont commentés, introduits, accompagnés d’une biographie de l’auteur et de très nombreux jeux. Ces outils ont participé à ma réflexion autour de la modernisation et de la transmission de la littérature classique et La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con n’aurait peut-être pas existé si ma mère et moi n’avions pas créé ces applications !

Comptez-vous écrire d’autres livres dans ce genre ? 
Le livre vient juste de sortir et il est donc trop tôt pour en parler. Mais je ne vous cache pas que le principe est déclinable et que je ne manque pas d’idées !


Sarah Sauquet sera en dédicace au Cultura de Bègles samedi 25 mars à partir de 15h !

Son livre : http://bit.ly/2nUE4Xo
Twitter : @SarahSauquet
Son site internet : https://untexteunjour.fr/