Interview d’Eric Roux, directeur de la Rock School Barbey

30 ans que cette salle mythique occupe le paysage bordelais. 30 ans à défendre, avec audace, la musique indépendante. A enseigner aux jeunes générations, la pratique d’un instrument ” sans language savant”.A l’occasion de ce bel anniversaire, nous avons tendu notre micro à Eric roux, à la tête de cette institution mythique.

Vous avez fondé la Rock School Barbey il y a 30 ans, auriez-vous imaginé une telle longévité ?
Oui et non. Oui parce ce qu’intuitivement je savais que nous étions dans le sens de l’histoire. Non parce qu’on ne pensait pas forcément au lendemain et que seul le combat pour obtenir ce que nous voulions nous occupait quotidiennement

Quelles ont été les grands tournants de la vie de la salle ?
Quand je suis arrivé à Barbey en mars 1988, pour effectuer mes périodes d’insertion professionnelle dans le cadre du diplôme d’état aux fonctions d’animateur, il y avait un théâtre à l’italienne qui donnait des signes de faiblesse et sur lequel aucune programmation construite n’était faite. C’était ce que l’on appelle dans notre jargon, un lieu garage.

J’étais porteur dès le départ d’un projet reposant sur deux piliers : d’un côté la diffusion et de l’autre la transmission de nos musiques sans passer par l’apprentissage obligatoire d’un langage savant. Nous étions les premiers en France à mettre en place cette histoire, maintenant tout le monde nous a suivi.

L’autre période c’est la rénovation du théâtre Barbey en Rock School Barbey qui a abouti à son inauguration en mars 1997. Là aussi nous étions parmi les premiers lieux publics à être édifiés en France pour la diffusion, la répétition, l’enregistrement, la transmission, etc..

Victime heureuse de notre succès – et je ne citerai que ce chiffre – depuis une dizaine d’année, nous recevons à chaque rentrée de la Rock School 1000 demandes d’inscription pour 500 places possibles. Aussi nous espérons une prochaine extension/rénovation promise par notre maire dans sa campagne municipale pour la mandature 2014/2020.

Bordeaux est une ville historiquement rock. En tant qu’acteur historique et observateur privilégié, comment avez-vous vu évoluer cette scène?
Pour moi quand je parle de scène rock, c’est au sens large du terme, ça va de Bob Marley aux Sex Pistols en passant par NTM. C’est donc assez large ! Bordeaux a su à travers ses différents groupes, lieux et organisateurs de concerts occuper l’ensemble de la palette des musiques actuelles même si bien sûr c’est la scène rock rock qui a toujours été un ton au dessus des autres en terme de notoriété.

Le rock a-t-il toujours la cote dans la belle endormie ?
La scène rock existe toujours dans notre belle endormie, qui ne doit cette qualification qu’au nombre (seconde après Paris) de monuments historiques classés en son sein. J’en veux pour preuve l’éclosion du groupe Tample dans un registre pop rock,  mais aussi toute une flopée de jeunes groupes parmi lesquels Wizard et Siz.

Votre programmation est très éclectique mais on ressent tout de même un virage orienté vers la scène rap, est-ce un parti pris ? Pourquoi ?
Notre programmation est éclectique parce que la palette des musiques actuelles est très large. Si à l’heure actuelle, elle tend vers le rap c’est parce que cette esthétique est aujourd’hui majoritaire. Cela me gêne d’autant moins que je fus le premier à programmer un concert de rap à Bordeaux avec les Suprême NTM en 1991 et en première partie les FGP, groupe des Aubiers dans lequel officiait Souleymane Dialanka et Hamid Ben Mahi aujourd’hui patron de la compagnie de Hors Série. Pour moi, le rap n’est que la continuation du punk.

Quels sont les artistes que vous avez fait venir dont vous êtes le plus fier ?
Je suis fier d’avoir programmé tout le fleuron de la scène alternative française de 1988 à 1992, avec les Bérurier Noir, les Garçons Bouchers, les Mano Negra, les Negresses Vertes, les Sheriff, les Thugs, les Parabellum, les Ludwig von 88, les Satellites.

Je suis aussi fier d’avoir pu programmer des groupes mythiques comme les Américains de Washington DC, Fugazi, les Ramones, les Damned, les Buzzcoks, Pulp, Bad Brains, NOFX, Napalm Death, Foo Fighters, Placebo et tout ces groupes que nous programmons, connus de très peu de gens à leurs débuts, et appelés pour beaucoup d’entre eux à l’être comme M, Gojira, Orelsan, Jain, Christine and the Queens, Eddy de Pretto.

Un artiste que vous rêvez de booker ?
J’aimerais programmer Jack White qu’on avait programmé le 3 mars 2002 avec son groupe les White Stripes.

Quel est le programme pour célébrer ce bel anniversaire ?
Pour nos trente ans, plutôt que de faire une soirée spéciale, on a décidé de baliser un certain nombre de manifestations illustrant notre identité tout au long de l’année 2018. On organise donc : le carnaval des deux rives, la fête de la Rock School, le concert de Jesus and Mary Chain qui s’étaient produit déjà à Barbey en 1989, le concert de Sleaford Mods illustrant la même veine dans laquelle coule le punk et le rap puis viendront Ouvre la Voix, notre festival de rentrée sur la piste cyclable de l’entre deux mers les 7, 8 et 9/09 et la journée d’étude du 1/12/2018 organisée par le programme Intelligence des patrimoines du Cesr et Thalim consacrée à la scène punk à Bordeaux de 1976 à 2016…


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