Surf Park de Bordeaux : les vagues artificielles soulèvent des questions environnementales

Alors que le premier Surf Park urbain de France devrait voir le jour près du Parc des Expositions de Bordeaux sur le même terrain que la future piscine de Bruges, la question fait débat. Faut-il favoriser ce genre d’initiatives au détriment de l’esprit de ce sport qui se pratique en plein air ? La question était au coeur d’un évènement aux Chantiers de la Garonne.

Les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 proposeront une épreuve de surf, une première pour cette compétition mondiale. Quant aux JO de Paris en 2024, le sujet est à l’étude auprès du comité international olympique qui donnera sa décision fin juin. Biarritz, alliée à trois communes landaises (Capbreton, Hossegor et Seignosse) a déjà déposé un dossier pour accueillir la discipline, tout comme Lacanau. Des surf parks en cours de réalisation en région parisienne ont également été évoqués pour accueillir les épreuves.

Le surf park : un concept qui monte

Kelly Slater n’est pas le seul privilégié à surfer une vague artificielle depuis son Surf Ranch. Le concept, déployé partout dans le monde, fait des émules auprès de surfers, mais surtout du grand public. A Bordeaux, le « Wave Surf Café » propose de pratiquer toute l’année le surf et le bodyboard à l’intérieur d’une salle aménagée. Près d’Avignon, le « Wave Island » est doté « de la plus grande vague artificielle du monde ».

Les projets de vague artificielle se multiplient partout en France, surtout à l’approche des JO de 2024. A Lyon, « Waves in City » souhaite créer un complexe de surf urbain d’ici 2021. Et dans notre belle région, les projets fleurissent à Bordeaux, ou encore dans les Landes comme à Castets où un site dédié à la glisse devrait voir le jour d’ici 2020.

Un concept somme toute idéal, où les contraintes climatiques et techniques n’existent plus, au profit de l’extase pure. Plus besoin d’attendre la vague assis sur le bord de la plage, c’est la vague qui vient à vous !

Les vagues artificielles, une problématique environnementale

Pourtant, les surf parks posent de véritables problématiques environnementales. Pour l’ONG bordelaise Waterlife, crée en 2015 par trois passionnés de glisse pour sensibiliser les aficionados et le grand public à ces enjeux essentiels, ces infrastructures sont à double tranchant. « Bien sûr, quand on est surfeur, ce serait mentir que de dire qu’on a pas envie d’essayer une vague artificielle, avec des conditions parfaites » explique Alain Getraud President co-fondateur de Waterlife. « Mais ce qui donne l’intérêt du surf, ce n’est pas uniquement la prise de vague, mais aussi toutes les conditions naturelles, d’avoir galéré pour l’avoir et le bonheur ensuite de la surfer… Ce qu’on ne retrouvera pas dans le surf park. Une vague artificielle ne se substituera jamais à une vague naturelle » ajoute-t-il.

© Franck ka’nalu

Car si sur le papier les vagues artificielles sont alléchantes, elles ne participent pas à la préservation de l’environnement, bien au contraire. Outre le coût exorbitant de ces installations, Alain Getraud dénonce la production électrique et énergétique importante que demande ces infrastructures. Sans compter le traitement de l’eau, sans que ne puisse subsister aucun micro-organisme ni éco-système. « L’importance est aujourd’hui de baisser notre production énergétique. Augmenter cette énergie globale pour produire des vagues, quelque part, c’est un non-sens » commente-t-il. Le président de Waterlife met également l’accent sur le bétonnage de zones naturelles, comme le projet de vague artificielle dans les Landes. En revanche, pour lui, ce genre de constructions dans des zones urbaines comme celui de Sevran en région parisienne, peut être une alternative en zone urbaine de quartiers défavorisés pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir découvrir les sports de glisse en pleine nature et de dénaturer le milieu naturel.

Alain Getraud continue d’espérer. Il reste encore du temps et des moyens aux ambitieux chantiers de surf parks pour étudier la problématique environnementale, et d’y trouver les compromis nécessaires.

C.M